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J’aime la vie à peu près autant qu’on aime respirer quand quelqu’un vous a retenu la tête de force sous l’eau pendant deux minutes. J’entends souvent des gens dire qu’ils aiment la vie et je trouve leur propos à peu près aussi insensé que si j’entendais un poisson me dire qu’il aime l’eau. Je n’ai pas le choix d’être en vie, je le suis. J’aurais le choix si la mort n’était pas irréversible et si le passage d’un état à l’autre n’occasionnait pas de souffrance. Autant dire qu’il y a une impossibilité pratique. 

  

Cependant je ne connaîtrai jamais la mort puisque pour connaître quelque chose il faut être en vie. Même au moment de la dernière minute de la vie, on ne connaît pas la mort ; on connaît l’agonie. Et pour agoniser, il faut être en vie. La douleur est une manifestation de la vie ; je n’aime pas la douleur. Qui aime souffrir? ( Non, le masochiste ne souffre pas, il jouit.) Le plaisir est aussi une manifestation de la vie tout comme l’ennui. Non, je n’aime ni ne déteste la vie ; je suis pris avec et j’essaie de me la rendre la plus agréable possible. Pour moi le bonheur[1] n’est pas un privilège, c’est un minimum auquel je me dois d’accéder et je voudrais être mort à chaque fois que je souffre ou que je m’ennuie. 

  

Je pense que c’est pareil pour chacun alors j’évite d’emmerder les autres avec mes problèmes existentiels et je porte ma peau, gardant en tête la phrase de Montaigne qui dit que « Chaque homme porte en lui la forme entière de l’humaine condition ». Cette phrase me revient à chaque fois que mon regard silencieux croise celui d’un passant ou se remémore des visages connus.